Musique

La musique à cette curieuse propriété vibratoire que l’on retrouve sur plusieurs plans. Lorsqu’on l’entend, elle va rejoindre, si elle nous touche, cette partie sensible à l’intérieur de nous, la faire tressaillir et nous faire palpiter à l’unisson. De l’émotion à l’unique son…

Pour ma part, avant que le son ne se déclenche, il y a d’autres sensibilités, plus aiguës, plus profondes. Est-ce une résilience avec l’amour du bois et des essences coupées aux époques, que m’a transmis mon père et mes grands-pères ? Est-ce l’admiration, cette observation du travail des luthiers dans leur ébénisterie studieuse, académique ou créative ? Je n’ai jamais pu me défaire de cette originel : voir, naître, évoluer et aboutir, un instrument à cordes est une véritable initiation à la beauté. Celle du matériau, du geste, de l’outil qui façonne à cet outil en devenir qui va frémir et remplir la pièce et le cœur d’un bonheur éphémère.

Restaurer des instruments, en transformer, en customiser est devenu un temps, une passion. Ainsi, sont nées, une guitare folk de voyage, celle qui s’est logée dans un violon ou dans un alto, un guitalele pour l’emporter partout avant que des marques ne les proposent, et bien d’autres folies musicales. Bref, aller dans la matière et ses propriétés avant de connaitre la forme et la révélation de l’instrument.

Aujourd’hui, je suis tenté par un minimalisme qui remet en cause la présence de mes nombreux instruments. J’ai commencé par écarter ce qui n’étaient pas véritablement des guitares. Puis à m’entourer de celles qui m’apportent par leur esthétique, leur toucher et bien sûr leur son particulier, un doux plaisir presque érotique. Reste les quatre ou cinq dont la proximité quotidienne me rappelle que je peux encore, comme un caprice, guidé par un backing track, en parcourir le manche légèrement, pour me faire plaisir entre un écrit, un dessin ou arpenter la plage pour me ressourcer. Vous l’avez compris, je suis porteur d’une pathologie enviable, je suis un passionné, un incorrigible coureur de grattes, curieux et perméable à une fièvre passagère qui va du mot au geste, de la matière à la mélodie !

 

Ce que je décris là est sûrement le propre de chaque artiste, même de ceux qui ne se sentent pas l’être vraiment, mais qui ont parfois cette pulsion pour fabriquer ou transformer. Bien sûr mon cursus a fait évoluer cette capacité et c’est une gymnastique amusante de l’esprit que de proposer une forme ou une orientation improbable à un propos aussi bien qu’à un objet. L’objet a pris d’ailleurs une place prépondérante dans la réflexion sur ce sujet. Il confronte au rapport au matériel et à la matière. Un véritable exercice que de traduire ce dont la matière est révélatrice pour chacun et pour moi-même en particulier.

En tant que créatif, j’ai un rapport particulier avec les matières et les structures. Tout peut à tout moment, faire naître une inspiration, une idée originale qui va détourner un objet pour lui donner une vocation différente ou un aspect inattendu. Cette initiative involontaire de mon cerveau droit, va mettre soudain une ou des propositions là où personne ne verra autre chose que la forme ordinaire, ancienne ou banale d’un objet.

 

Ce que je décris là est sûrement le propre de chaque artiste, même de ceux qui ne se sentent pas l’être vraiment, mais qui ont parfois cette pulsion pour fabriquer ou transformer. Bien sûr mon cursus a fait évoluer cette capacité et c’est une gymnastique amusante de l’esprit que de proposer une forme ou une orientation improbable à un propos aussi bien qu’à un objet. L’objet a pris d’ailleurs une place prépondérante dans la réflexion sur ce sujet. Il confronte au rapport au matériel et à la matière. Un véritable exercice que de traduire ce dont la matière est révélatrice pour chacun et pour moi-même en particulier.

 

Sans entrer dans une étude psychologique, l’éducation produit un formatage inévitable. Si l’on a mis l’accent dès le plus jeune âge sur le fait qu’il faut prêter attention au matériel en général, parce qu’il coûte et qu’il n’est pas facilement remplaçable, je crois que le curseur de cette attention peut s’étendre à une attention matérielle généralisée. Par ailleurs, nous avons subi, ma petite famille et moi-même, un incendie qui a simplement supprimé tout ce qui était notre vie jusque-là : meubles, objets, photos et souvenirs, un passé qui soudain fut effacé simplement en quelques instants. Ce drame a dû changer mon abord du matériel et mon rapport à la matière. Pour ce qui est du matériel, je suis devenu accumulateur, c’est-à-dire que le manque brutal a sûrement été compensé par la quantité. Le rapport à la matière, en revanche, a présenté deux aspects antagonistes. Le premier, une sensibilité accrue aux textures, à la structure presque moléculaire des choses, mais, par ailleurs, parfois une banalisation générale de celle-ci.

Ce que j’en retire, c’est ce qu’elle ne peut en aucun cas m’être indifférente. Elle fait partie inhérente d’une créativité, quelle qu’elle soit, elle est donc devenue essentielle et respectable.

Restaurer des bandurrias, des luths ou des mandorles du siècle dernier,ont occupé mes mains et parfois soigné mon esprit d’un manque d’inspiration.